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MON PREMIER TAPIR.

 
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MARIA


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MessagePosté le: Ven 29 Oct - 13:34 (2010)    Sujet du message: MON PREMIER TAPIR. Répondre en citant

22 décembre. Ce soir-là, nous mangeons rapidement, vérifions le matériel et partons vers vingt et une heures.
Un Citroën C15 et notre Toyota Hi-Lux.

Direction : La région de Saut-Sabbat. La semaine de travail a été longue et nous sommes bien décidés en ce samedi soir. L’équipe au complet se voit enrichie pour cette sortie d’un chasseur occasionnel, un jeune basque prénommé Christophe et en compagnie Joël a tué une belle biche Mazama quelques jours auparavant.
L’équipe ?
Jo, un commerçant de la place et son fusil automatique…
René, policier de son état, armé d’un drilling Merkel…
Joël et son fidèle drilling Merkel qui connaît les lieux par cœur…
Christophe, auquel j’ai prêté un Baïkal monocanon, histoire de lui donner une contenance…
Moi-même avec mon troisième bras, mon inséparable mixte Brno 12 et 7 x 65 R…
Trente minutes de route et nous voici sur notre coin de chasse. Un arrêt rapide au carbet, un gros café bien chaud et les Petzl s’allument. Nous sommes cinq et il est difficile de répartir les chasseurs. Nous convenons néanmoins d’une zone de chasse pour chacun et établissons les codes et horaires. Rendez-vous aux voitures demain à 9 heures. Si un tapir était tué, tirer trois coups de feu et considérer la chasse comme terminée. Un tapir est largement suffisant.
Joël fera équipe avec René et moi-même.
Jo partira avec Christophe.
Arrivées à un carrefour de pistes, les équipes se séparent tout en se souhaitant mutuellement bonne chance. Cherchant un œil traître, les faisceaux des frontales crèvent la nuit, tentent de percer le mur végétal bordant le chemin et de fouiller au plus profond de la jungle. Joël éclaire le côté gauche de la piste et René le droit. Quant à moi, je marche derrière eux, éclairant alternativement des deux côtés. La nuit est particulièrement noire. Elle sera aussi très longue. La piste se déroule sous nos pas et chaque dix minutes environ, Joël donne un coup de sifflet bref, au hasard…
Un couple de tapirs viendra tout près de nous. Instant particulièrement intense pendant lequel nous sommes focalisés sur les bruits de branches causés par le passage de ces animaux. Ils sont là, tout près, aux aguets comme nous. Nous avons éteint nos frontales dés la réponse de l’animal. Tout repose désormais sur la capacité de Joël à imiter leur cri. La moindre fausse note et ils partiront.
C’est ce qui se passe. Alors qu’ils étaient tout près, mais derrière ce mur végétal contre lequel se fracasse notre éclairage. L’adrénaline retombe, Joël et René reprennent leur cheminement.
Je dois dire que je les ai laissés depuis un bon moment déjà. J'ai décidé de chasser seule, lassée de rester en arrière. Normal, je dois être une des rares femmes de Guyane - sinon la seule - à chasser seule de nuit en jungle. Combien de fois sommes-nous partis ainsi en forêt, chacun de notre côté, de nuit et à la boussole, sans layon ouvert au préalable ? Courage pour certains, inconscience pour d’autres.
La nuit est toujours aussi noire. René et Joël continuons à avancer. Je fais parler l’appeau régulièrement. Trois heures du matin sont passées depuis quelques minutes lorsque la jungle s’illumine brutalement. Une grosse boule bleu incandescent traverse le ciel et tombe lentement sur la jungle qui l’absorbe aussitôt. Instant magique pendant lequel nous nous immobilisons. Tout est bleu autour de nous. La piste, la forêt, nos visages, tout est marqué d’un bleu métallique. Les animaux se sont tus. Insectes, batraciens, oiseaux nocturnes, tous marquent un profond silence. Insensibles, seuls les végétaux continuent de craquer, les feuilles de tomber.
Le météorite est englouti, la noirceur revenue. D’abord timides, quelques cris reprennent vite le pouvoir. Rapidement la jungle renaît, comme si rien ne s’était passé. J'ai repéré un passage de tapir sans en parler à mes compagnons de chasse et c'est l'esprit animé d'un vif désir de conquête que je m'y rends. Je m'assieds sur un tronc en lisière, dissimulée sous les branchages et commence à siffler. Ce ne sera que vers deux heures du matin que j’obtiendrai une première réponse. Ils sont au moins deux. Il y a une femelle, c'est certain. J'entends marcher dans les feuilles sèches. Et puis, plus rien. Ils s'en vont. Déçue, je continue pourtant à siffler. Vers quatre heures, une réponse… Les ombres s'étirent sur la piste. J'imite le cri qui me répond. Un sifflement sec mais modulé. Ils sont tout près. Mon cœur a pris du régime. Pas question de manquer une note. Mon appeau n'est qu'un méchant bout de plastique bleu, extrait d'une flute de Pan. Une extrémité a été calcinée au briquet, pressée, coupée, raccourcie jusqu'à obtenir la bonne tonalité. Le reste n'est qu'une affaire de talent. Mais l'heure n'est pas au solfège… Un bruit de branchages froissés, une branche qui casse. Ils sont là. Soudain sur la piste, la latérite crisse et mon cœur qui s'affole… Je me souviens des conseils de Joël. Ils défilent dans ma tête.
Défaut de l'épaule…
Stecher…
Si c'est une femelle suitée, tirer le jeune à condition qu'il ne soit pas rayé et fasse plus de cent kilos… Simple règle cynégétique préservant les reproducteurs adultes. Joël est très pointilleux sur le sujet…
J'ai bien mémorisé les lieux et lorsque j'allume ma frontale, ce sont deux gros yeux bien rouges qui se tournent vers moi. Il est là, mangeant quelques bois canon, je distingue parfaitement sa petite trompe. Je me lève, Le Brno monte et j'ai bien poussé la détente tendeur. Le tapir est de trois-quarts et me regarde. Si je le manque je saisque j'aurai droit aux moqueries des hommes, ces grands chasseurs.
Bloquer sa respiration…
Caler ma joue contre la crosse…
Le défaut de l'épaule…
Presser la queue de détente comme si je pressais une éponge…
Presser… Pas le temps de m'en rendre compte ! Le coup est déjà parti.
Je ne sens même pas le recul. Je vois le tapir courir le long de la lisière. Et puis, plus rien. L'angoisse me prend. L'aurais-je manqué ? Pire, blessé ? recharge vite et entreprends de traverser la piste. C'est alors que je vois l'herbe s'agiter, et puis une forme sombre, un œil... Une chevrotine de neuf grains part. Je me précipite et m'aperçois que j'ai tiré un crapaud sur un tronc. Il est toujours là, stoïque… Derrière le tronc, le tapir est couché, raide mort. Mon tapir !
Il est quatre heures vingt. Je respecte les instructions et tire deux coups en l'air. Je vais à la voiture et la conduits au niveau du tapir. Je place les douilles sur le capot. La chasse pourrait s'arrêter mais je connais un autre passage et décide de m'y rendre en attendant le jour… Bientôt, le jour se lève. Jo et Christophe arrivent à la voiture. Après toute une nuit de marche, les visages expriment la fatigue. Quelques mètres avant le C15, j'ai tracé un grand trait en travers de la piste et écrit le mot STOP avec le talon de ma chaussure. J'arrête mon affut et rejoints mes compagnons de chasse assis dans le Citroën, parlant chiffons... Je leur demande de charger le tapir, ce qu'ils font avec célérité et dans un mutisme complet. Quelques instants plus tard, Joël et René arrivent. Commence alors le ballet des questions réponses. Le chef interroge.
- Alors ?
- Alors rien…
J’ouvre le Toyota et prends une boisson chaude.
- Et toi Maria ?
- Je suis restée à l’affût sur un passage de tapir…
- Et alors ?
- J’ai appelé…
- Et alors ?
- Il a répondu…
- Ah bon ?
- Il est venu…
À ces mots, Joël sursaute.
- Et puis ?
- Je l’ai tiré…
- Et alors ?
- Je l’ai eu…
- Quoi ? Où est-il ?
- Dans le C15…
J’ouvre le Citroën et là, dans le coffre, un tapir…
Maria a tué son premier tapir, toute seule ! Pendant ce temps, deux binômes sont rentrés bredouilles. Notre fierté masculine en prend pour son grade ! Et Maria de raconter son aventure…
Le météorite…
Les coups d’appeau…
Le tapir qui lui répond.
L’animal mangeant des bois canons est bien visible dans le faisceau de la frontale.
Se remémorer mes conseils pour le tir : Bloquer sa respiration, pousser le stecher, défaut de l’épaule, presser doucement la queue de détente, être surprise par le départ du coup…
"J'appelais tantôt le mâle, tantôt la femelle. Je l'ai entendu répondre de loin, sur une colline. Là, j'ai eu peur de faire une fausse note et l'ai laissé venir. Soudain, j'ai entendu de la latérite crisser sous ses sabots et j'ai allumé ma Petzl. Il était à trente mètres et me regardait. Je l’ai vite mis en joue avec le mixte et l’ai tiré à balle. A l’impact, il a couru vers la jungle et j’ai bien cru le perdre. J’étais très émotionnée. En bordure de piste, j’ai deviné une masse noire et il m’a semblé qu’elle bougeait. Il y avait un œil rouge. J’ai tiré la chevrotine du canon lisse sur cet œil. J’ai traversé la piste et parmi les traces de sang, ai trouvé un morceau de poumon. Là, j’ai compris que c’était gagné. Ce que j’avais pris pour le tapir couché était un vulgaire tronc d’arbre. En fait, l’œil que j’ai tiré à chevrotines était un crapaud posé sur le tronc. D’ailleurs, je l’ai raté. L'émotion… J’ai tiré trois cartouches en l’air comme convenu pour donner le signal d'arrêt de la chasse, suis allé chercher la voiture et écrit STOP sur la piste. Après, je suis allé à un autre passage de tapir que j’avais repéré mais je ne l’aurais pas tiré. Vers huit heures, je suis revenue à la voiture et y ai trouvé Jo et Christophe assis à l'intérieur, occupés à parler chiffons… Ils n’avaient pas vu le tapir mort dans l’herbe du bord de piste et m’ont demandé si c’était moi qui avais tiré. Quand je leur ai demandé en riant si l’odeur ne les dérangeait pas trop, ils se sont levés et ont chargé le tapir dans le C15. En silence…"
Et de rajouter, à juste titre très fière d'elle :
"Ce n'est pas tant d'avoir tué ce tapir qui me fait plaisir. Les hommes m'avaient quelque peu négligée et pensaient que je n'étais bonne qu'à promener un fusil. J'ai pu leur prouver qu'il n'en était rien...".


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MessagePosté le: Ven 29 Oct - 13:34 (2010)    Sujet du message: Publicité

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